15/10/15

La qualité de vie au travail, c’est retrouver l’homme …

La qualité de vie au travail ou  le « weel beeing at work », sont aujourd’hui reconnus comme des leviers incontestables de performance.
La QVT, c’est aussi le lieu du consensus social, avec la signature des accords interprofessionnels de 2013, puis cette année la dernière loi REBSAMEN [1]

Mais l’entreprise prend-elle bien aujourd’hui la mesure de ces enjeux ?

Ici une demi-journée de sensibilisation…, là, un peu de communication interne et une petite dose de e-learning et avec, en prime, un atelier bien-être … ? Et nous espérons mener ainsi à bien cette transformation là ? Est-ce bien sérieux ?

Au-delà de l’habillage marketing et des stratégies illusionnistes du bien-être, aller vers une culture QVT performante, comme un véritable facteur de business nécessite une profonde transformation managériale. Intégrer la QVT dans une vision d’entreprise correspond à une réelle évolution de culture. Et comme toute évolution culturelle, elle doit être portée par la direction et son management.

Comment, par exemple, arriver à concilier la pression à court terme de l’actionnaire sur les résultats, avec la sécurité des managers sur le terrain, à la base de la qualité de vie au travail ? Avons-nous oublié le langage de nos émotions ? Ne savons nous pas que la peur est inhibitrice…et donc aussi de la créativité, de l’innovation et de la prise de risque, dont nous avons tant besoin ?

Et comment autrement que par la formation et l’accompagnement opérer cette transformation managériale,  aujourd’hui indispensable pour relancer nos énergies et sortir de notre morosité ?

La qualité de vie au travail c’est à la fois une philosophie et un état d’esprit … Bref c’est une vision du monde. Et si notre vision est parfois si sombre, ne devons-nous pas aussi « nettoyer nos lunettes » et rechercher la lumière ailleurs, voire en soi ?

Si nous voulons faire de la qualité de vie au travail un outil de sortie de crise et de redynamisation sociale ne doit-elle pas passer par la transformation de nos modes de management, vers un management lui aussi plus « durable » ? Et retrouver la voie d’un management responsabilisant et porteur de sens,  mieux comprendre les clés perdues de la nature humaine, le bon sens égaré … la philosophie oubliée…, la formation ne demeure-t-elle pas au centre de ces « retrouvailles », celles de l’homme avec lui-même … ?



[1] Accord National Interprofessionnel (ANI) sur la Qualité de Vie au travail (2013). Loi REBSAMEN obligeant à la négociation annuelle de la QVT d’aout 2015

19/07/13

De la crise éthique au changement par le sens (suite, partie 5)

Suite de l’article publié dans l’Expansion Management Review, rédigée par Pierre-Marie Burgat (juin 2012, 10 p.) : « de la crise éthique au changement par le sens »; N°145 :  Impasses et défis du management.

Lire les précédents extraits :   »Ethique et entreprise : des premières incitations réglementaires à la quête des nouveaux consommateurs »; « L’éthique commence par soi-même »  »De quelle crise parlons nous » ?   »Mettre l’homme et l’éthique au centre » Quels changements voulons nous ?

L’éthique pour sortir de l’ego et nous ouvrir à l’unité ?

« Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit  »…. [1]

De nombreux intellectuels prédisent ou espèrent un XXIème siècle plus ouvert à la dimension spirituelle.

Et si la spiritualité, nous permettait de sortir des vaines quêtes matérialistes toujours insatisfaites … Et si le bonheur, notre réalisation et notre sérénité étaient ailleurs que dans la quête sans conscience de nos besoins ?

Peut-être y a- t-il en fait aujourd’hui de moins en moins de « citoyens consommateurs »  pour penser  avec ce célèbre publiciste, que pour se montrer accompli à 50 ans, « il faut avoir pu acheter une Rolex »[2]! Le culte de l’objet (et de l’Ego) comme seul moyen de reconnaissance sociale et d’accomplissement signe les dérives narcissiques de notre société matérialiste et individualiste.

D’après un récent sondage[3], pas moins de 88% de français pensent que « la crise est l’occasion de changer nos modes de consommation », voire de consommer autrement. Et qu’est ce que consommer autrement, sinon moins et plus « juste » ?

A l’autre extrémité du matérialisme, il y a la conscience … et derrière l’Ego – comme l’a modélisé Carl Gustave Jung il y a plus d’un siècle,  il y a le Soi, et son ouverture vers le spirituel.

Nous associons trop souvent la spiritualité à la religion. La spiritualité est plus simplement liée au dépassement de cet Ego aliénant, par  l’élargissement de notre champ de conscience, nous ouvrant au sentiment d’appartenance à l’Humanité une, à la nature et au cosmos[4].  C’est aussi le chemin d’une certaine transcendance qui nous éloigne de ce fameux culte de l’objet, de la possession stérile et de la consommation.

N’est-ce pas cela dont il s’agit aussi dans la globalisation ? Si les échanges de biens ou d’informations deviennent planétaires, la conscience morale ne doit-elle pas devenir aussi planétaire ? Ne sommes nous pas tous citoyens du monde, tous unis par les mêmes archétypes spirituels et le besoin de protection de notre planète ? Le ciel n’a pas de frontières et nous respirons le même air…

Si nous souhaitons pour beaucoup consommer autrement, sortir du matérialisme et de la surconsommation n’est ce pas en nous ouvrant à d’autres cultes que celui de  l’objet ?

Et cette prise de conscience exprimée par une majorité de « citoyens-consommateurs » de « changer nos mode de consommation », ne marque-t-elle pas l’entrée tant annoncée dans l’ère postindustrielle [5]?  Et ne va-t-elle pas bientôt bouleverser le paysage de nos entreprises et bien au-delà de ce qu’annonce notre crise dite « financière » ?

Pour le philosophe André Le Compte Sponville, la « spiritualité sans dieu »[6] sur laquelle s’ouvre le XXIème siècle, c’est aussi rentrer davantage en cohérence avec les valeurs universelles véhiculées par nos traditions spirituelles. C’est autrement dit développer la fidélité à ses valeurs et son alignement. Plus de cohérence entre les valeurs qui m’ont fondé et aussi ma civilisation, mon action, mes comportements au quotidien, comme par exemple, ma « consommation » …

Sommes-nous si loin, dans cette spiritualité là des besoins de « l’entreprise du futur » et de sa responsabilité sociétale ?

Sommes-nous si loin dans cette spiritualité là, de notre désir personnel de retrouver un lien avec l’énergie et la chaine du vivant, de retrouver du sens à nos propres contributions et de construire ensemble nos nouvelles « cathédrales » ?

« Le changement global ne commence t-il pas toujours par le changement personnel »[7] et ses propres engagements ?  Et ne sommes nous pas déjà tous en route ?

L’utopie et l’idéal ont ceci de puissant que, comme l’éthique, ils guident nos choix et orientent nos vies.

Chaque geste compte dans l’intention éthique et dans un changement holomorphique, le système en mouvement nous le renverra au centuple …

Le monde de demain nous appartient et je nous fais confiance.

Notre révolution est entre nos mains !

Pierre-Marie


[1] Charles PEGUY- Note conjointe sur M. Descartes (1914)

[2] Parole du publiciste Jacques Séguéla  très souvent tournée en dérision dans les médiats: «une Rolex, enfin ! tout le monde a une Rolex ! Si à 50 ans on n’a pas une Rolex on a quand même raté sa vie ! »

 

[4]Alain Setton – Gagner sa vie sans perdre son âme – Presse renaissance -2011 ;  Interview de Robert Kulling, pour la SF coach- Mars 2012.

[5] Vincent LENHARDT. Les responsables porteurs de sens – Insep Editions, 2001

[6]  André COMTE-SPONVILLE. – La spiritualité sans dieu – Frémeaux & Associés – 2008

[7] Dali Lama.

25/05/13

Le leadership en 20 questions (suite)

Question 5 : quels impacts concrets du besoin de sens au niveau de l’entreprise et de son management ?

Suite des 4 questions précédentes : « la différence entre un leader et un manager » et « quelle définition donner du leader et du leadership ».; « on met le leadership à toutes les sauces » ! N’est-ce pas aujourd’hui aussi un phénomène de mode ? Pourquoi ce besoin de sens est-il si important ?

Il est important de comprendre que ce besoin de sens va peser directement sur le rôle et la posture du « manager leader » dans nos organisations.

Notre besoin de vision et de guidance traverse en effet tous ces niveaux d’enjeux, de l’économique global aux enjeux personnels, en passant par les enjeux de productivité, auxquels doit aussi savoir évidement répondre un manager de terrain …

Plus les niveaux de sens supérieurs sont menacés (le sens ou le non-sens de l’évolution du monde par exemple), plus les niveaux de sens de proximité - mon entreprise, ma sphère  professionnelle, ma production, mon management … – vont avoir un rôle clé à jouer dans les équilibres personnels et la « performance »finale … C’est le principe de l’équilibre identitaire, obtenu s’il y a cohérence et complémentarité entre les niveaux de sens.

Aujourd’hui, au niveau des enjeux globaux,   la perception dominante est que le monde « marche sur la tête » (ou sans gouvernance en dehors des marchés), tiré de manière aveugle et suicidaire par la seule loi des marchés financiers et des intérêts des grandes puissances dominantes.

La société de consommation, la croissance à tout prix, tout comme l’idéologie scientiste à son service (il faut acheter le dernier écran plat,  sinon comment exister ?) ne font plus suffisamment sens pour une part de plus en plus grande de la population. La chute de la consommation en est aussi l’illustration. En dehors des réelles chutes de revenus, le  réflexe « je consomme  pour faire marcher l’économie et l’emploi » ne fonctionne plus. Il est souvent remplacé chez le nouveau consommateur, par le réflexe  « je consomme moins et à quoi bon ? Ça économise les ressources de la planète (et les miennes !) ».

A son niveau,  l’entreprise ne donne plus envie aux nouvelles générations de s’y engager, notamment dans les pays occidentaux développés. « je ne suis pas ici que pour faire du pognon et pour l’actionnaire ».

S’il pose et repose l’éternelle question de la participation, la question aujourd’hui du sens et de « manager par le sens » est cruciale pour réussir à imposer un nouveau mode de gouvernance et de management qui puisse contribuer à la pérennité de nos organisations, tout en prenant le délicat virage de la croissance durable… ou de la décroissance.

Comment faciliter la performance opérationnelle,  si non en redonnant du sens au rôle de l’entreprise dans la société (l’entreprise citoyenne, la RSE…) et au travail comme une contribution utile …, en renforçant les identités professionnelles aujourd’hui à la déroute, enfin, en développant des leaders conscients de ces enjeux … pour faire évoluer l’entreprise en ce sens ?

Comment restaurer une certaine morale sociale et managériale, en retrouvant la cohérence de l’économique et du  financier, de la production, de la performance avec le respect de nos ressources naturelles et de homme …? Comment manager aussi avec l’éthique moderne et les valeurs, et nous en discuterons plus tard, avec peut-être une forme de spiritualité laïque en management, en tout cas un leadership moins égotique, qui s’élève au dessus des jeux de pouvoir mortifères, pour poursuivre avec humilité notre contribution à la grande chaine du vivant.

Dans cet esprit, le rôle du « nouveau leader » est fondamental. Il incarne et porte les valeurs de bases universelles dont se sont détournés l’entreprise et le monde, depuis sa dérive du capitalisme ultra-libéral de ces 50 dernières années. Ce sont celles aussi portées par le Développement Durable … (enfin quand il n’est pas détourné de son esprit)

C’est aussi simplement ça l’écologie managériale ! Respecter les grands équilibre de l’homme et du vivant…

Question suivante (dans 15j) : Pourquoi les entreprises d’aujourd’hui ont –elles plus qu’avant besoin de « managers leaders » ?

 

16/04/13

Les dérives éthiques de notre système de santé et de certains laboratoires pharmaceutiques

Dans le prolongement du dossier que j’ai publié l’été dernier dans l’expansion management revue (« de la crise éthique au changement par le sens »), les dérives éthiques dans notre société font régulièrement la une de l’actualité…

C’est bien évidement le monde politique qui se mets en ce moment en vedette… mais aussi le monde de l’industrie pharmaceutique.

Deux événements m’ont donné envie de partager à nouveau ce thème avec vous.

La dernière conférence de Thierry Jansen à Lyon l’université de médecine, le 23 mars  sur le « défi positif » (voir la bibliographie dans l’onglet partage) et le film d’Arte « maladie à vendre », vidéo plus ancienne que m’a fait suivre une amie … atteinte d’un cancer et doublement révoltée…

Thierry Jansen dénonçait lors de sa conférence, comme beaucoup d’autres, la conception et l’utilisation douteuse du DSM (index des maladies et troubles psychiatriques) élaboré par des scientifiques employés par les laboratoires pharmaceutiques …

Il faut savoir à ce sujet qu’en France, la très grande majorité de la recherche est financée par les labos, comme la totalité de la formation post-universitaire ! Pas étonnant donc que le nombre de maladies soit passé, d’une version à l’autre, de quelques dizaines de troubles, à plus de 400 dans le DSM 4 !  A chaque « maladie » sa molécule, son médicament et son laboratoire. C’est vrai qu’il en faut pour tous le monde !

Voir à ce sujet ci-dessous, la courte vidéo instructive du médecin psychiatre Boris Cyrulnik : « De fausses maladies sont inventées ».

La mort des petits  laboratoires et des leaders engagés de la santé … vers le marketing et la spéculation

Depuis 30 ans les petits laboratoires portés par la vocation de familles dévouées à la cause de la santé, sont rachetés progressivement par les grandes firmes pharmaceutiques. Petit à petit la R & D est délaissée, au profit du marketing, du lobbying et de la spéculation, tous beaucoup plus profitables aujourd’hui que la recherche. Sans aller jusqu’au scandale sanitaire comme celui du médiator, la dérive est malheureusement générale, car systémique.

Le documentaire d’Arte ci-après est à ce sujet consternant.

Fautes d’inventer des médicaments nouveaux et puissants, pour les vraies maladies qui frappent toute l’humanité, comme par exemple le cancer…pour maintenir leurs ventes certains laboratoires pharmaceutiques inventent des maladies qui n’existent pas, à grand renfort de marketing  et de communication dite scientifique, pour produire des médicaments sans efficacité, ce qui na pas d’importance puisque ces maladies n’existent pas !
Ce film – auquel l’industrie a refusé de participer – démonte les mécanismes d’une médecine française totalement sous l’emprise du marché.

Vive les médecines douces et alternatives !

Mais que pouvons-nous faire ?

La bonne nouvelle … c’est que nous sommes tous responsables … et tous capables de faire arrêter ce système.

Ce n’est plus le politique qui aujourd’hui a la pouvoir mais l’information et le consommateur !

Nous disposons aujourd’hui avec une grande facilité de toute l’information nécessaire (sites des journaux médicaux, de données  médicales,  de consommateurs …)  pour endiguer ces pratiques et aider les labos déviants à retrouver le chemin du sens et des valeurs auxquelles nous croyons. Celles du respect de l’homme et du vivant.

Le monde de demain est entre nos mains !

 

 

 

 

18/03/13

L’ETHIQUE COMMENCE PAR SOI-MÊME

Suite du dossier publié cet été dans « l’Expansion Management Review » (IMPASSE ET DEFIS DU MANAGEMENT)

« Soyez le changement que vous voulez voir dans la monde ». (GANDHI)

Que peut faire le « citoyen du monde » face à ce système capitaliste consumériste et sans âme ? Que peut-on faire à son niveau pour replacer l’éthique au centre et en faire une guidance pour sa vie de citoyen, d’acteur social ou de consommateur au quotidien?

Et si, en dehors de tout pouvoir ou impuissance politique, chacun d’entre nous – manager, responsable RH, consultant, coach – était libre d’augmenter son niveau de conscience et de prendre ses responsabilités ?

« Moi je ne peux rien faire » : la dialectique de l’impuissance 

Beaucoup d’acteurs de la vie sociale et de l’entreprise vivent aujourd’hui une sorte d’essoufflement, voire d’impuissance fataliste : « le système est à bout de souffle, mais on se sent totalement impuissants » ;  «  il faudrait changer le système, moi à mon niveau de manager, je ne peux rien faire, c’est le comité de direction »,  « au  niveau du comité de direction, non, ca se passe au dessous, c’est l’actionnaire, je n’ai pas de marge de manœuvre » ;« tant que le système sera tiré par les fonds de pensions … nous ne pourrons rien faire » … Nous sommes tous confrontés et enfermés par un système capitaliste perverti, nous l’accusons à juste titre, mais ces critiques ne conduisent-elles pas  à renforcer notre passivité ?

« C’est le système » : sortir du manichéisme paranoïaque 

Une autre forme de passivité se retrouve chez de nombreux intellectuels, philosophes,  psychosociologues…, sous la forme de la critique d’un système sans issue … Elle atteint son paroxysme dans la recherche publique française où la culture cristallise ce type de peurs et de croyances manichéennes, à l’encontre « du privé » et du capitalisme. Elle diabolise ainsi parfois sans nuance tout ce qui peut se faire en entreprise, considéré par essence comme suspect, perverti ou susceptible de l’être. N’est-ce pas oublier un peu rapidement que ces entreprises sont habitées – ici et maintenant – par des millions d’hommes et de femmes au travers le monde, le plus souvent fiers de leur travail, attachés à leur métier et porteurs de beaux projets ?

S’ils sont parfois en souffrance et aussi en quête de mieux vivre, s’il y a parfois des drames dans le choc des transformations, il est important de prendre conscience que ces attitudes critiques, certes compréhensibles, in fine n’apportent rien, ni à personne, si ce n’est que de justifier notre propre passivité et entretenir le mal être.

Dans tous les cas – impuissance, critique, diabolisation – il n’y a ni solution, ni action, en dehors de conforter notre sentiment d’impuissance, d’alimenter notre révolte et nos frustrations.

Mais ces attitudes ne servent-elles pas aussi à justifier notre résistance au changement et notre incohérence, éloignés que nous sommes parfois de nous même et de nos propres valeurs ?

L’éthique, mes fraises et ma banque 

Et si la révolution commençait par la conscience ? De quoi suis-je responsable et de quoi je ne suis pas responsable ? Est-ce que j’agis en cohérence avec mes valeurs ? Ai-je un comportement éthique, quels que soient mes rôles, de « citoyen-consommateur », de manager dans l’entreprise ou d’accompagnant ? Prendre ses responsabilités n’est-ce pas commencer par oser se confronter à ses dilemmes de citoyen au quotidien et sortir de son aveuglement ?

Le pouvoir du consommateur a aujourd’hui des impacts incommensurables.

Sans aller jusqu’à l’idéal du « commerce équitable », tout choix et tout acte de consommation banal a une portée éthique considérable. C’est vrai de la barquette de fraises hors saison, ayant traversé l’Europe en camion pollueur. C’est vrai aussi, du four micro-onde à bas prix, fabriqué dans des conditions de travail dégradantes ou par des enfants de pays à bas salaires et provoquant au passage la ruine des industries locales, voire des centaines de chômeurs de plus, dans les pays plus « développés » …

Autre exemple : « ils nous ont fait très mal vous savez …» [1]?

Des milliers de consommateurs se sont précipités au mois de janvier pour bénéficier des offres à bas coût d’un nouvel opérateur téléphonique. Mais se sont-ils demandé une minute au prix de quoi et de qui ces tarifs exceptionnels étaient-ils possibles ? Au prix de combiens d’emplois précaires, de délocalisations, de bas salaires, de pressions, de souffrance, de stress, de désarrois et de nouveaux suicides … ?

Dernier « examen de conscience » …. « mon épargne, mon éthique et moi »

Est-ce que je sais ce que ma banque fait réellement de mon argent ? Est-ce que mon argent – le fruit de mon travail – est utilisé pour des placements éthiques, ou a minima, ne serait ce que pour servir l’économie et non la spéculation ?

———————————————————————————-

Petit examen de conscience de consommateur éthique  …

- « j’ai changé de banque pour une banque éthique »

- « je me doute bien que …, mais j’assume (j’y pense, mais je n’agis pas) »

- « je ne sais pas vraiment, je n’y avais pas pensé, j’ai un bon PEA … c’est pas si grave, non » ?

- «  je ne veux pas savoir (c’est le système, pas moi ! Il n’y a qu’à changer le système, les banques n’ont qu’à…) … et les autres ? » 

- « c’est ok pour moi, la spéculation est utile et j’en profite.  Cela fait des dégâts, mais c’est la vie. On  n’est pas dans un monde de bisounours ! »

————————————————————————————————————————

Si ne serait-ce que 40% des citoyens orientait leur épargne vers des placements éthiques, notre système spéculatif serait révolutionné en très peu de temps !

Mais est-ce que je préfère ne pas savoir et voir le manque d’éthique ailleurs, quelque part au dessus-de moi : mon patron, ma boite, l’actionnaire, le système … ?

Tout consommateur que nous sommes se trouve enfermé aujourd’hui dans le paradoxe  et l’injonction la plus mortifère jamais produite par de notre société : « consommer moins cher pour vivre mieux »[2]. Et quand une réelle pauvreté conduit le consommateur chômeur dans les rayons d’un discounter, sait-il que cet acte alimente à nouveau le système qui l’a exclu et en a- t-il alors vraiment le choix ?

Et si progressivement nous prenions tous pleinement conscience qu’à chaque acte  d’achat « à bas prix», nous produisons de la souffrance, nous écartelons d’autres vies, nous tuons nos propres emplois, nous violentons notre propre qualité de vie pour demain ?

Oui, le changement des habitudes de consommation peut changer le monde, plus sans doute aujourd’hui qu’un bulletin de vote. Oui, l’éthique commence par soi-même …

La suite début Avril : METTRE L’HOMME ET L’ETHIQUE AU CENTRE 


[1] Responsable de service d’un opérateur téléphonique français – mars 2012.
[2] Slogan publicitaire d’un grand distributeur qui se dit « éthique » dans sa communication.